Les grandes dates de l'histoire du Nucléaire Voici résumée en quelques grandes dates l'histoire du Nucléaire, de la découverte de la radioactivité naturelle à la tentative de fusion nucléaire, en passant par la pile atomique et la mise en place des premères centrales nucléaires. Entre source d'énergie abondante et symbole d'un immense pouvoir de destruction, le nucléaire constitue également une incroyable avancée scientifique. En voici les grandes étapes qui ont marqué le XXe Siècle.
1896 : Henri Becquerel découvre la radioactivité naturelle
Alors qu'il étudie les rayons X et la fluorescence des sels d'uranium, Henri Becquerel s'apprête à faire une découverte aussi fortuite que fondamentale pour la physique contemporaine. Ne pouvant réaliser les expériences qu'il avait prévues, il stocke ses sels d'uranium à proximité de ses plaques photo. Or, quatre jours plus tard, quand il développera ces dernières, il découvrira des empreintes générées dans le lieu clos où elles étaient rangées. La lumière du soleil n'ayant pu intervenir dans cette réaction, il en déduit que ce rayonnement provient de l'uranium. Le 2 mars, il publie ses résultats, la radioactivité naturelle est découverte.
1898 : Pierre et Marie Curie découvrent le radium Devant l'auditoire de l'Académie de Médecine de Paris, Pierre et Marie Curie annoncent qu'ils ont réussi à isoler deux éléments radioactifs dans une pechblende, le polonium et le radium. Ils soulignent que la radioactivité dégagée par le radium est nettement supérieure à celle du polonium. C'est Marie Curie qui a choisi de donner le nom de Polonium au premier élément découvert en hommage à son pays d'origine: la Pologne. Les époux Curie recevront le Prix Nobel de physique avec Henri Becquerel en 1903 pour leurs études sur les rayonnements émis spontanément par les sels d'uranium et pour la découverte des minéraux actifs.
1919 : Ernest Rutherford réalise la 1ère désintégration nucléaire
Ernest Rutherford parvient à réaliser une désintégration nucléaire artificielle en transmuant de l'azote en une forme d'oxygène. En effet, par l'intermédiaire des rayons alpha bombardés sur l'azote, un proton est produit dans ce dernier, ce qui altère sa nature. C'est la première fois qu'un atome est transformé artificiellement. Pour certains, cette modification de la matière rappelle le rêve de l'alchimie. Il s'en suivra des recherches précises, notamment au sein du laboratoire Cavendish dans lequel Rutherford est nommé directeur.
1939 : Frédéric Joliot-Curie découvre la réaction en chaîne Frédéric Joliot-Curie, physicien français gendre de Pierre et Marie Curie, découvre avec son équipe la fission secondaire des neutrons, autrement dit la réaction en chaîne que peut provoquer une fission nucléaire. En effet, pour provoquer la fission de l'uranium, on le bombarde avec un neutron, mais lors de cette fission, lui-même libère et projette des neutrons qui pourront provoquer la fission d'un autre atome d'uranium et ainsi de suite. Cette réaction en chaîne permet de produire une quantité d'énergie énorme. Toutefois, elle ne peut être réalisée que dans des conditions optimales. C'est la maîtrise de ces dernières qui permettra la création de centrales nucléaires et autres bombes atomiques.
1939 : Les physiciens allemands découvrent la fission nucléaire induite Les travaux de Otto Hahn, Fritz Strassmann ainsi que ceux de Lise Meitner et Otto Frisch mettent à jour la fission de l'uranium sous l'effet d'un bombardement de neutrons. Le noyau atomique de l'uranium est désintégré en deux noyaux de plus faible taille. Cette réaction permet de produire une énergie très importante. Au cours de la même année, Frédéric Joliot-Curie mettra en évidence la réaction en chaîne. A l'approche de la guerre, la maîtrise de l'énergie atomique s'avérera cruciale, ce qui incitera Einstein à envoyer sa célèbre lettre à Roosevelt.
1942 : La projet Manhattan est lancé par la maison blanche Suite à une lettre d'Einstein, cosignée avec les physiciens Leo Szilard, Edward Teller et Eugen Wigner, au président Roosevelt lui expliquant les risques que présenterait l'Allemagne nazie si elle détenait l'arme atomique, les États-Unis décident de structurer et de soutenir plus fortement la recherche sur ce domaine en créant le projet Manhattan. L'objectif est alors d'aboutir à la création d'au moins trois bombes atomiques, selon des étapes définies d'avance : réaliser une première réaction en chaîne dès janvier 1943 et obtenir la première bombe deux ans plus tard. Des moyens industriels et financiers conséquents sont alors mis à disposition des physiciens de renom, dont seul le dernier n'a pas obtenu le prix Nobel : Enrico Fermi, Arthur Compton, Ernest Lawrence et Robert Oppenheimer. La première réaction en chaîne aura lieu dès décembre 1942 tandis que la bombe sera prête en juillet 1945.
1942 : Première pile atomique
Après un an et demi d'expérimentations et quelques tentatives infructueuses, le physicien Enrico Fermi et son équipe réussissent à faire fonctionner la première pile atomique. Autrement dit, c'est la première fois que l'on parvient à créer une réaction nucléaire en chaîne dans un matériau fissile. Le principe est alors le même que dans les futures centrales nucléaires, mais lors de cette expérience, on ne tente pas de récupérer l'énergie. Face à la peur de voir l'Allemagne nazie parvenir à réaliser une arme atomique, cette expérience ne sera pas mise à profit dans le civil immédiatement. Mais elle permettra de mettre en œuvre la production de plutonium, dérivé de l'uranium après réaction nucléaire. Cette production est alors destinée à la création des premières bombes atomiques.
1945 : 1ères explosions de bombes atomiques L'expérience "Trinity", dans le désert du Nouveau-Mexique, à Alamogordo, voit exploser la première bombe atomique de l'histoire. La bombe n'est pas lâchée par avion mais disposée dans une tour. Celle-ci est rasée par l'explosion tandis que le sable alentour est vitrifié et qu'un champignon de 300 mètres de diamètre s'élève. Ce test marque l'aboutissement du projet Manhattan qui a permis de construire trois bombes nucléaires. Celle-ci, nommée "Gadget", était constituée de Plutonium, comme celle qui sera lancée sur Nagasaki. Par contre, la bombe qui explosera à Hiroshima est constituée d'Uranium 235.
1945 : Création du commissariat à l'énergie atomique Sous l'impulsion de Charles de Gaulle et de Frédéric Joliot-Curie, la France crée le Commissariat à l'énergie atomique (CEA). Le but est alors de poursuivre la recherche nucléaire afin de prévoir ses futures applications. Juliot-Curie sera à sa tête jusqu'à l'appel de Stockholm. Le CEA a notamment pour mission de développer les énergies nucléaires et ses méthodes de retraitement, ainsi que de participer aux programmes de Défense nationale. Il fait désormais parti d'Aréva.
1952 : Explosion de la première bombe H Les Etats-Unis testent pour la première fois la bombe thermonucléaire. Elle est baptisée "Mike". Elle explose sur l'atoll d'Eniwetok près des îles Marshall dans le Pacifique. 1000 fois plus puissante que la bombe atomique lancée sur Hiroshima, "Mike" ne laissera plus rien de l'îlot après son explosion.
1954 : 1ère centrale nucléaire mise en service L'URSS est le premier pays à produire de l'électricité nucléaire en ouvrant la première centrale à Obninsk. Deux ans plus tard, une centrale nucléaire au fonctionnement différent sera construite en Grande-Bretagne. En France, la première centrale opérationnelle exploitée commencera sa production à Chinon en 1963. Les méthodes utilisées à travers le monde sont alors multiples et le nucléaire semble promis à un bel avenir. Mais son coût augmentera aussi vite que son image se détériorera dès les années 70-80, jusqu'au drame de Tchernobyl en 1986.
1958 : Première production de plutonium à Marcoule Le centre de Marcoule, à proximité d'Orange, produit pour la première fois du plutonium. Sous la direction du CEA, l'établissement aura la double fonction de produire du plutonium pour le programme de Défense nationale et de retraiter les déchets produits dans les centrales nucléaires d'EDF.
1960 : 1ère bombe atomique française Une bombe A, d'une puissance de 70 kilotonnes, a été testée ce matin par l'armée française dans le désert du Tanezrouf en Algérie. "Hourra pour la France ! Depuis ce matin, elle est plus forte et plus fière", s'enthousiasme le général de Gaulle, président de la République. Les états du Maghreb réagissent violemment contre ces tests : deux jours plus tard le Maroc rappellera son ambassadeur à Paris.
1963 : EDF produit pour la 1ère fois de l'électricité nucléaire EDF met en service la centrale EDF1 sur le site de Chinon. Située en réalité en bordure de la Loire à proximité d'Avoine, la centrale est la première du territoire français à être exploitée par EDF. Une production avait auparavant eu lieu à Bugey mais sous le contrôle du commissariat à l'énergie atomique.
1966 : L'usine de Cogéma La Hague entre en service Décidée par l'Etat français, l'usine de Cogéma La Hague entre en service en 1966, avec pour objet le traitement des combustibles nucléaires usés. L'établissement devient le premier site mondial pour ce type d'activité. (Aujourd'hui filiale à 100 % du groupe AREVA, COGEMA est le leader mondial du cycle du combustible nucléaire. Cet ensemble industriel unique en France emploie environ 6 000 personnes en permanence dont 3200 salariés COGEMA.)
1967 : La France lance le Redoutable Le premier sous-marin nucléaire français est mis à l'eau dans le port de Cherbourg. Le navire de 7 500 tonnes, possède une capacité d'armement allant jusqu'à 16 missiles. Dans la lignée du "Redoutable" un deuxième sous-marin nucléaire sera lancé en décembre 1969, le "Terrible". (Aujourd'hui, le Redoutable constitue un patrimoine à part entière de l'histoire de la ville. On peut maintenant le visiter à la Cité de la Mer de Cherbourg).
1974 : La France choisit le Nucléaire Le Premier ministre Pierre Messmer annonce le lancement d'un vaste programme nucléaire qui prévoit de limiter la consommation de pétrole au profit de l'atome. Entre 1974 et 1975, 13 nouvelles centrales nucléaires seront lancées par EDF.
2005 : ITER à Cadarache Après de longues négociations, c'est finalement le site français qui est retenu pour la construction du réacteur expérimental ITER. Créé en 1985 sous une impulsion de Gorbatchev, le projet regroupe l'Union Européenne, la Russie, le Japon, la Chine, les États-Unis et la Corée du sud. L'objectif est de créer de l'énergie non plus à partir de la fission nucléaire, mais à partir de la fusion. Très productive et peu polluante, cette technologie est souvent comparée au fonctionnement du soleil. Mais le projet est sans garantie de réussite et ne peut aboutir à une exploitation industrielle que dans plusieurs dizaines d'années. Il suscite pour cela de nombreuses critiques, chez les politiques comme chez les scientifiques. |