"Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas,
c'est parce que nous n'osons pas qu'elles sont difficiles"Sénèque Automne, c'est la rentrée pour tout le monde. Collégiens, lycéens et étudiants ont repris les cours. Les salariés aussi ont quitté la plage pour reprendre le turbin. Et la saison des belles houles automnales va enfin commencer, même si le mois de septembre laisse un peu à désirer.
Le gouvernement aussi a sa rentrée avec le très attendu " Grenelle de l'environnement ". C'est l' " événement " en matière d'environnement de cette rentrée 2007, proclamé comme " le point de départ à la mobilisation de la société française pour inscrire son développement dans une perspective durable " (dixit le ministère de l'écologie et du développement durable). Certes l'entreprise est louable et pleine de promesses. Portée par Jean Louis Borloo, Dominique Bussereau et Nathalie Kosciusko-Morizet, son organisation vise à " créer les conditions favorables à l'émergence de cette nouvelle donne française en faveur de l'environnement. Il réunira pour la première fois l'Etat et les représentants de la société civile afin de définir une feuille de route en faveur de l'écologie, du développement et de l'aménagement durables. Il doit aboutir à la fin du mois d'octobre à un plan d'action de 15 à 20 mesures concrètes et quantifiables recueillant un accord le plus large possible des participants ".
Inutile de préciser que ces débats seront basés sur le compromis, étant donné le nombre de représentants et de groupes de travail. A l'heure ou vous lisez ces lignes, la première étape du " Grenelle de l'environnement " s'achève avec la présentation des propositions des groupes de travail. Le débat avec le grand public est prévu en octobre. Selon les médias et le gouvernement, jamais la France n'a connu un tel rendez-vous en matière d'environnement. C'est sûrement vrai. Pourtant demandez à un Français croisé dans la rue ce qu'il en pense ? Quatre personnes sur cinq ignorent de quoi il s'agit. Alors, j'en foutisme général ou communication inexistante ? Sans doute les deux. Toujours est-il que la présentation par les présidents de chaque groupe de travail, fin septembre, de l'ensemble des propositions, va faire l'objet d'un débat public via Internet et dans le cadre de consultations dans des villes " volontairement de taille moyenne ". Selon les organisateurs, il s'agit plus d'un appel aux réactions plutôt que d'une consultation. Alors que vont-en dire les Français ? Combien de personnes vont donner leur avis ? Vont-ils avoir un esprit critique? Les médias vont-ils " orienter ", pour ne pas dire lobotomiser les citoyens ? Réponse cet automne... Mais l'organisation du Grenelle de l'environnement a cet intérêt de nous inviter à nous interroger sur le rôle des politiques et des institutions, de plus en plus diminué, concernant (entre autres) l'environnement. Rappelez vous la présidentielle d'avril 2007, vous n'avez jamais entendu Nicolas Sarkozy, Nicolas Hulot et autres Yann-Arthus Bertrand déclarer " on a réchauffé la planète ", " on a pollué les rivières ", " on utilise trop d'énergie " ..? Mais qui est ce pronom magique passe-partout, ce fameux " on " ?
Pourquoi n'abordent-ils pas ouvertement la responsabilité des décideurs (groupes financiers, grandes entreprises, fonds de pensions...) et de leurs critères (taux de rentabilité, délai de retour sur investissement,...) ? La sphère politico-financière (les deux sont intimement liés) veut en réalité diluer les responsabilités dans notre mode de vie, à savoir celui d'une société basée sur le consommation de masse. Mais il ne faut pas oublier que ce sont les modes de production (formes de propriété et taille des entreprises, modes de financement, types de technologies employés...) qui déterminent les modes de consommation et non l'inverse. " En fonction des pressions financières et politiques ou des modes du moment, les systèmes économiques et politiques cultivent leur propre version de la vérité. Une version qui n'entretient aucune relation nécessaire avec le réel " (J.K. Galbraith, Grasset, 2004). Et qu'est-ce que le réel ? C'est de dire à vos enfants qu'ils ne peuvent pas se baigner car l'eau est polluée.
Partant de ce principe, le Grenelle de l'environnement vous semble-t-il avoir du sens ? Non, aucun bien sûr, et il risque fort de décevoir nombre de présidents d'associations. A-t-il une utilité ? Oui, même si elle paraît bien dérisoire, celle de vous donner la parole. Mais alors que peut-on faire ? Cette citation dont j'ai oublié l'auteur nous donne une partie de la réponse : " La révolution écologique commencera vraiment quand chacun d'entre nous comprendra qu'il y a d'autres façons d'être riche ". En d'autres termes, il faut comprendre que le développement durable n'est pas qu'une affaire de déchets ou de manque d'énergie, il convient de remonter aux causes des pollutions. Il faut reprendre à zéro, remettre en cause les structures de production, la domination des lobbies sur les politiques, la consommation de masse qui en découle et les modes de financement. Ce sont ces problématiques là qu'il faut aborder lors de la consultation publique du Grenelle de l'environnement. On peut toujours rêver, mais ça ne coûte rien de faire passer le message...

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